la géopolitique des données numériques

J’avais écrit ce billet suite à commentaire de Marion : elle soulevait le problème de l’hébergement d’un service email à l’heure de l’espionnage total d’internet ou encore “à qui confier ses échanges par email à l’heure de la surveillance généralisée ?”.

Soyons clair : personne ne peut garantir la confidentialité de nos conversations numériques. Personne.

A cela plusieurs raisons :

1) la première puissance mondiale a décidé de surveiller l’ensemble du réseau mondial. Les pays alliés à cette super puissance collaborent à cet espionnage massif des citoyens. D’autres pays violent également la vie privée de leurs citoyens pour assurer un contrôle de la population. France, Chine, Royaume-Uni. Chacun y va de sa loi sécuritaire contre internet parce que, ma brave dame, le problème de nos vies, c’est internet (rire dans la salle). Il s’agirait plutôt du problème de nos politiciens mais je digresse.

2) des entreprises commerciales se sont bâties sur le modèle économique unique de l’exploitation des données privées de leurs utilisateurs.

3) des gens mal intentionnés gagnent de l’argent en violant les données des utilisateurs et en les revendant.

Voilà où nous en sommes actuellement.

Que pouvons nous faire face à ces problèmes ?

Certains diront rien du tout et que c’est comme ça aujourd’hui, c’est notre époque qui veut ça… ce qui est faux et entretient la mollesse ambiante.

concernant le point 3), pour lutter contre les gens mal intentionnés, vous devez faire attention à ne pas utiliser des services compromis ou peu fiables techniquement. Vous devez aussi éviter de laisser traîner vos identifiants et mots de passe sur le net ou un post-it.

Point 2) : si des entreprises vivent et exploitent vos données et bien c’est à vous de les quitter ! Vous fermez le compte à problème et vous trouvez un service tenu par des gens biens, il en existe de nombreux !

et le dernier point, le numéro 1) contre une super puissance ou un état qui espionne ses citoyens, il n’y a pas grand chose à faire. Les recours sont plus limités mais là aussi ils existent. D’un point de vue personnel, vous pouvez vous lancer dans le chiffrement de vos données, solution employée par 0,0001% de la population, peu évidente pour l’instant techniquement…

Collectivement, il y a bien une solution : voter pour des gens qui respectent les droits des citoyens et qui ne veulent pas criminaliser l’ensemble des utilisateurs d’internet, ca existe :)

Comme tu me demandes une solution, je t’en donne une : voter pour le Parti Pirate ou Nouvelle Donne ou suivre des gens comme Isabelle Attard aux élections.

On peut se débarrasser des problèmes 2) et 3) aisément tout de suite ! Alors faisons-le :)

Le problème 1) pourra voir un début de résolution quand les gens voteront pour des représentants politiques qui ne sont pas complètement paranoïaques ou incompétents. On peut être atterré par le Patriot Act des Etats-Unis, on peut et on doit regarder chez nous ce que l’UMP et le PS proposent, chacun leur tour, pour censurer, surveiller internet et nous surveiller par ricochet : la loi Hadopi, la Loi de Programmation Militaire, la loi Cazeneuve et la chasse à Pirate Bay par les lobbys des rentiers du droit d’auteur. Sans parler de l’Etat d’Urgence en France depuis décembre 2015 qui autorise à peu près tout et n’importe quoi pour s’en prendre aux citoyens.

Je suis d’accord avec Marion pour questionner les choses et se demander qui est fiable et qui ne l’est pas. On peut reprendre le contrôle sur de larges pans de notre vie numérique : on peut se défaire d’un Google, d’un Apple ou d’un Facebook, peut être moins de la NSA ou d’un Etat d’Urgence.

Et ca n’est pas parce que les pays occidentaux veulent faire d’internet un espace publicitaire et sous contrôle qu’il faut jeter l’éponge :)

Pour le numérique grand public, je te conseille Web4all, Gandi ou d’autres services respectueux de ta vie privée, ce sera toujours mieux qu’un Google ou un Facebook !

le big data, cette dictature économique

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il est intéressant de voir à quel point nous sommes réduits à des équations et des statistiques. Ou choquant, c’est à vous de voir. Si nous pouvons avoir la sensation que des comportements se recoupent ou des habitudes de consommation se reproduisent, les études statistiques ont pris une ampleur sans nom avec, d’une part, l’augmentation de la puissance des ordinateurs ces 20 dernières années pour simuler et calculer et, d’autre part, l’élargissement du bassin de données exploitables.

Je m’attarderais sur le deuxième point, le gigantesque bassin de données : nous.

Les entreprises commerciales se nourrissent de notre quotidien, de nos conversations, de nos photos, de nos déplacements, de notre physiologie, de notre corps… Au début, il s’agit de nous rendre un service gratuit, d’améliorer notre sécurité ou de nous faire un rabais sur un produit. Gmail offre une messagerie email associée à une suite bureautique en ligne ainsi que de nombreux services gratuits, Facebook nous permet de communiquer avec nos amis, de partager des photos et de jouer, Axa nous propose un rabais sur notre assurance santé si on porte une montre connectée…

Nous sommes leurs puits de pétrole dans lesquels ils forent. Ils exploitent chaque goutte de notre vie privée, de nos statistiques pour rentabiliser leurs investissements. Par investissements, comprenez opportunités de profits personnels.

Puis, arrivera la bascule : le moment où ces compagnies nous demanderont de porter obligatoirement un objet connecté pour contrôler notre santé, notre activité physique, nos déplacements, notre conduite automobile, le remplissage de notre frigo… Nous créeons petit à petit notre future prison numérique.

Aujourd’hui, vous obtenez un rabais parce que vous utilisez une montre connectée et que vous faites de la marche, vous obtiendrez peut être aussi un rabais parce que vous utilisez un frigo connecté… Demain, soyez sur que vous paierez plus cher parce que l’entreprise cherchera votre point faible (surpoids, tachycardie, myopie…) et justifiera ainsi ces primes supplémentaires : “Vous êtes un client à risques mais dans notre grande générosité, nous consentons à vous assurer”. Le modèle se retournera contre nous. Ou alors vous paierez encore plus cher parce que vous refuserez de vous dévoiler ou de vous faire analyser par une multinationale. Ou alors personne ne voudra vous assurer parce que vous refusez de porter un téléphone ou montre avec GPS : on vous reprochera d’avoir des choses à cacher. La liberté aura donc un prix. Ce sera la soumission aux droits des multinationales.

Utiliser des services comme Yahoo, Gmail ou Facebook maintenant, c’est créer la matière première qui amènera à notre futur enfermement. En passant des contrats avec des boites comme Axa ou UnitedHealth, cela leur donne raison de continuer plus avant leur travail de collecte et d’analyse. Négliger l’importance de sa vie privée aujourd’hui se paiera cher dans les années à venir.

Pour conclure, je me dis que résister devient difficile. Les gens n’ont pas conscience de l’importance de la vie privée. Et quand bien même ils soulèvent le problème, ils continuent d’utiliser leur Gmail, iOS et autre Facebook parce que changer, »ça n’est pas leur priorité », excuse entendue mille fois.

Que faire pour imposer le respect de nos vies privées face à des multinationales ?

Quel est le poids des 1,5% utilisateurs de GNU/Linux face à un Windows encore dominant, un Chromebook et un Mac en pleine expansion ?Comment imposer des formats libres alors que 99,9% des gens ne savent pas ce que c’est ?

Comment se débarrasser des OS mobiles propriétaires comme Android, iOS ou Windows alors que les alternatives sérieuses n’existent même pas ? Désolé pour FirefoxOs et ses 0.0001% de parts de marché…

Comment faire comprendre que Facebook est le problème alors qu’il y a plus d’un milliard d’utilisateurs ?

– Damien