pourquoi encourager le logiciel libre dans les associations ?

Suite au retour de la Spirale, je republie certains billets. Ce billet est une prise de notes de la conférence de Pierre Yves Gosset, membre de Framasoft, lors des 15ème Journées du Logiciel Libre (Lyon) le samedi 12 avril 2014

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définir le libre : ce sont des valeurs que partagent le monde associatif.

1) utiliser
2) étudier
3) partager
4) modifier

L’image utilisée est celle de la recette de cuisine, que nous utilisons, que nous étudions, que nous pouvons partager et que nous pouvons modifier.

définir le cloud (infonuagique en français)

Utiliser des serveurs distants pour stocker et traiter vos données

utiliser des entreprises comme Google et Facebook pour son association ?

1) il y a un problème du tracking permanent de ce que vous faites sur internet de leur part.
2) on ne change pas de modèle de consommation : tout en haut, quelqu’un décide ce que vous verrez sur votre écran.
3) on sous-traite ses propres données : on devient dépendant de solutions extérieures.
4) on sous-traite sa vie privée : elle est entre les mains d’une société extérieure. Qu’en est-il de la collecte et de l’exploitation de vos données et de celles de vos adhérents ? Personne ne sait.

et mon association dans tout ça ?

1) vous ne maîtrisez pas ces services « cloud ». Du jour au lendemain, le service que vous utilisez peut devenir payant, le service peut radicalement changer, voir pire, les données peuvent être perdues.

2) vous imposez vos choix à d’autres personnes. Elles devront se connecter à ces services, et peut être même créer un compte à ce service, sans voir le choix.

les solutions ?

1) pour éviter que les membres de votre association et les visiteurs ne soient traqués en se rendant sur votre site, il faut enlever les publicités : mais quid de cette potentielle rentrée d’argent ?

2) les visiteurs du site doivent passer a une économie de la contribution, pas seulement consommateur, en faisant des dons à votre site.

3) héberger soi-même ses données, cela ne coûte pas nécessairement cher

4) ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier en utilisant un seul et même fournisseur de services pour tout (email, agenda, stockage de fichiers, réseau social, base de données d’adhérents…)

5) s’informer, se former pour comprendre ce qu’on utilise

6) être conscient des traces que nous laissons sur internet selon les services utilisés.

7) utiliser les bons outils, libres de préférence
– http://framastart.org
– Clibre.eu

_ Damien

le monopole, l’outsider & le libre

contexte : suite à billet de Cyrille sur le thème du logiciel libre qui ne veut pas dire plus sécurisé, j’avais écrit ce billet.

Quand Cyrille écrit que le libre ne veut pas dire plus sécurisé, on peut aussi completer la phrase en disant que le libre ne veut pas dire meilleur, c’est-à-dire plus ergonomique ou plus efficace… Bon, certes, j’enfonce les portes ouvertes mais ça va mieux en le disant.

En fait, je dirais que les choix sont plus nombreux qu’on ne le croit, ce n’est pas simplement logiciel propriétaire contre logiciel libre mais plutôt monopole propriétaire contre outsider propriétaire et acteur libre. Par outsider propriétaire, je parle d’un service ou d’une application qui essaie de concurrencer un monopole bien établi avec un produit qui essaie de se démarquer.

Si on prend les services de cartographie, on peut éviter Google Maps (monopole propriétaire), éviter OpenStreetMaps (libre) et préférer Here de Nokia (outsider correct).

Pour les navigateurs web, on peut éviter Chrome/Chromium (monopole propriétaire et je mets Chromium dedans car même opensource, vous irez mettre les addons du Chrome store de Google), tout comme on peut vouloir éviter Firefox (libre de chez Mozilla) et préférer Opera (outsider propriétaire mais qui a ses propres add-ons) ou Vivaldi (outsider propriétaire).

Le libre ne peut pas remplir toutes les cases du monde numérique, il suffit de voir le fameux Degooglisons internet de Framasoft ou des sites d’alternatives [1] [2] pour se rendre compte qu’il y a des manques importants dans le libre ou alors des offres trop techniques, inacessibles pour le commun des mortels, dont je suis.

le premier choix ? Éviter le monopole

Ma première priorité est d’éviter le monopole : je ne lui fournis pas mes données volontairement, je ne lui fais pas de publicité, je n’entretiens sa position dominante et je n’hésite pas utiliser d’autres services concurrents, même propriétaires.

Pour faire simple, en un schéma :

monopole propriétaire < outsider propriétaire < le logiciel libre (oui, le libre, c’est comme le gras, c’est la vie !)

Cela permet à des alternatives d’émerger, même propriétaires, et de faire face au monopole. Le monopole peut, avec un peu de chance, se remettre en question et s’améliorer en changeant. On peut toujours rêver, non ?

conclusion

Je sais défendre le logiciel libre mais ça n’est pas pour cela que je ferme la porte à des services et logiciels propriétaires qui apparaissent. Ce serait trop simpliste : cela empêcherait des éditeurs ou des créateurs d’émerger alors que leur travail mérite d’être soutenu. La route est longue et difficile face à un GAFA, que ce soit en empruntant la voie du libre, et nous ne le savons bien, ou en empruntant la voie d’un service propriétaire naissant et prometteur.

Pour ma part, j’éviterais toujours d’entretenir le monopole. C’est une façon de voir le monde, cela rend les choses plus compliquées par moment, je le reconnais, mais c’est gratifiant sur le long terme. Cela permet la concurrence saine ainsi que de voir des idées nouvelles apparaître, de ne pas se retrouver dans un monde binaire, on peut espérer des sociétés commerciales sérieuses et respectueuses de leurs utilisateurs dont le modèle économique ne se retourne pas tout le temps contre nous.

 

– Damien