la France n’a pas de bombe numérique

Dans le monde du logiciel Libre et GNU Linux, nous apprécions d’avoir le choix de notre système d’exploitation et de nos logiciels.

C’est notre force, celle de ne pas suivre une voie imposée par une multinationale américaine de type Microsoft, Google ou Apple.

Cela nous permet de contrôler nos outils et notre machine. Cela nous permet d’être indépendant, d’être libre.

La France d’après guerre, pour vivre libre et indépendante des deux blocs US et Soviétique, s’est armée de la bombe nucléaire. Cette arme monstrueuse a permis un développement neutre, sans la main mise d’un des deux camps sur notre pays. En grande partie en tout cas.

Aujourd’hui, notre pays et l’Europe sont acquis à la cause numérique des USA : différents ministères sont sous Windows et Office 365, l’armée utilise également des outils Microsoft via des contrats mirobolant (appelés contrats open bar), la NSA a espionné et espionne certainement encore les hommes politiques européens. Des administrations utilisent des emails Gmail et Hotmail pour communiquer….etc etc

Quel moyen d’indépendance numérique possédons-nous ? Quelle menace digitale pouvons-nous brandir ?

Acune, rien, zéro, nada.

Lors de la guerre froide, la France a pu obtenir un match nul grâce à la possession de la bombe nucléaire.

Lors de la guerre numérique, la France est tombée par K.O., sans aucune politique publique du numérique.

L’ambition du moment de notre gouvernement ? Fournir des tablettes (américaines, isn’t it ?) à nos collégiens et lycéens. Mon dieu, quelle horreur.

La France mais aussi l’Europe ont perdu cette guerre, sans remporter aucune bataille.

On peut se moquer des Russes ou des Chinois qui travaillent chacun sur un OS indépendant mais on ne peut que leur donner raison.

L’Europe n’est pas l’alliée des USA, nous sommes leurs clients et nous payons le prix fort de leur invasion électronique au quotidien. C’est le soft power à l’américaine qui l’a emporté, cette force douce, celle du marketing, du way of life si sympa des marques US, qui domine maintenant le continent européen.

Si les seules réponses de ce pays sont la mascarade Cloudwatt/Numergy, faire payer la redevance TV pour les ordinateurs ou encore faire financer avec de l’argent public l’achat de tablettes US pour nos gosses, alors nous sommes foutus.

– Damien

des tablettes pour les nuls, des pc pour les bons ?

Tout le monde a repris cette annonce de l’Education Nationale, celle qui concerne l’utilisation de tablette, appareil photo et ordinateur.

Faut-il s’émouvoir, se féliciter ou s’exciter contre ces nouvelles directives ?

Plusieurs choses à ce sujet :

1) les ventes de tablettes ont explosé et le marché stagne en ce moment

2) les ventes d’ordinateurs personnels ont baissé entre 2011 et 2013  et reprennent du poil de la bête cette année.

3) les constructeurs ont annoncé les uns après les autres vouloir abandonner les netbooks, ordinateurs portables de petite taille et très accessibles financièrement puis certains reviennent avec ce type d’ordinateurs via les Chromebook et Windows préparent un Windows dédié à ce genre de petites machines.

l’engouement pour les tablettes

Commençons par parler du phénomène planétaire iPad lancé par Apple. C’est la nouveauté des 5 dernières années, l’objet à la mode. Il faut reconnaitre son efficacité : surfer sur le net, regarder des vidéos ou écouter de la musique sur une surface de la taille d’un petit cahier, c’est impressionnant. On ne parle que de ça depuis deux ans et tout le monde a le mot “application” à la bouche. Et peu importe le prix. En tout cas, au début.

Ce phénomène est renforcé par le suivisme de tous les autres acteurs : chaque constructeur a sorti sa tablette, Microsoft y compris avec le retard qu’on sait. Aujourd’hui, les tablettes se suivent et se ressemblent, sans originalité donc.

Tout ça a tellement bien marché que les enfants, conditionnés par ces tablettes, commencent à développer des comportements inédits. C’est en définitive, et comme d’habitude, aux parents de montrer comment utiliser une tablette, sur une durée courte, avec des programmes intelligents ou ludiques.

Va-t-on encore demander à l’école de se substituer aux parents dans cette nouvelle mission numérique ? J’en ai bien peur.

usage de la tablette

La tablette correspond à un usage : celui de la mobilité poussée à l’extrême. Avoir une tablette entre les mains lors de déplacements, c’est vraiment agréable. Dans le train, à l’hôtel, vous êtes connecté à internet grâce à un objet qui ressemble à un livre de 600 grammes. A domicile, l’usage de la tablette permet de consulter des informations et de consommer du net d’une façon nouvelle.

Pour contrebalancer cela, je dirais que malheureusement la tablette correspond également à un usage passif : vous consultez des sites et de l’information en passant d’une page à l’autre. Vous interagissez peu, voir sommairement. Ce n’est pas évident d’écrire un post de forums ou un email de plus de trois lignes sur un écran tactile. Taper un rapport ou construire un tableau de chiffres devient vite compliqué, voir mission impossible.

Que sera proposé aux enfants de CP ? Allumer la tablette, lancer 2 applications, et après ?

l’ordinateur personnel, c’est pour la création

J’avoue ma très grande préférence envers l’ordinateur personnel, qui permet de créer sous de multiples formes – écrire des textes ou des emails, dessiner, remplir des tableau de chiffres, programmer – qui permet d’être acteur, moteur plutôt que passif du bout du doigt.

J’ai bien peur que l’apprentissage sur tablette réduise les champs du possible ou la créativité justement.

De plus, la tablette est complètement fermée : on ne peut rien changer, on n’a accès à rien. Il faut passer par des applications tenues par des firmes privées. Les marchés d’applications sont centralisés et chaque application doit passer une validation (censure ?) avant d’être proposée. Il faut même créer un compte avant de pouvoir lancer la tablette. Et si je veux l’utiliser sans m’identifier ? Je n’aimerais pas que mon enfant se voit imposer ce système de pensée ou ce modèle économique très restrictif.

Sur le long terme, je pense que la tablette reproduit le schéma de la télé : vendre du temps de cerveau disponible. Android et iOs sont les maîtres à bord de ce que nous voyons sur les tablettes. Faut-il l’imposer à nos enfants ?

Je ne suis pas contre une initiation à la tablette ou à l’ordinateur mais je me dis que des enfants de CP ont tellement d’autres choses à découvrir avec les livres et la lecture ou le début des mathématiques. Autant leur apprendre le fonctionnement théorique d’un ordinateur ou d’internet, schémas et dessins à l’appui avec de jolis couleurs, plutôt que de leur mettre une tablette entre les mains en leur demandant d’appuyer sur le bouton”On”.

Autres aspects négatifs que je devine :

  • des dépenses publiques supplémentaires : qui passe le marché public ? A quel niveau ? Qui sont les interlocuteurs privés ? Qui choisit au final et sur quels critères ? Quid du SAV : ce sont les professeurs ou des entreprises externes qui s’en chargent ? Qui paie l’entretien : le ministère, les régions, les départements, les villes… ?
  • des problèmes d’entretien : les enfants de CP sont connus pour leur très grande délicatesse…
  • des problèmes de rangement du matériel : je connais des établissement dans lesquels les élèves de collège n’ont pas de casier personnel.

Au final, ca ressemble à une belle mesure bien démagogique, pour que notre gouvernement paraisse bien dans le coup des nouvelles technologies, un coup d’esbrouffe et à la fin, ce seront les professeurs qui se prendront la tête sur le terrain le jour J.

 

– Damien

le monopole, l’outsider & le libre

contexte : suite à billet de Cyrille sur le thème du logiciel libre qui ne veut pas dire plus sécurisé, j’avais écrit ce billet.

Quand Cyrille écrit que le libre ne veut pas dire plus sécurisé, on peut aussi completer la phrase en disant que le libre ne veut pas dire meilleur, c’est-à-dire plus ergonomique ou plus efficace… Bon, certes, j’enfonce les portes ouvertes mais ça va mieux en le disant.

En fait, je dirais que les choix sont plus nombreux qu’on ne le croit, ce n’est pas simplement logiciel propriétaire contre logiciel libre mais plutôt monopole propriétaire contre outsider propriétaire et acteur libre. Par outsider propriétaire, je parle d’un service ou d’une application qui essaie de concurrencer un monopole bien établi avec un produit qui essaie de se démarquer.

Si on prend les services de cartographie, on peut éviter Google Maps (monopole propriétaire), éviter OpenStreetMaps (libre) et préférer Here de Nokia (outsider correct).

Pour les navigateurs web, on peut éviter Chrome/Chromium (monopole propriétaire et je mets Chromium dedans car même opensource, vous irez mettre les addons du Chrome store de Google), tout comme on peut vouloir éviter Firefox (libre de chez Mozilla) et préférer Opera (outsider propriétaire mais qui a ses propres add-ons) ou Vivaldi (outsider propriétaire).

Le libre ne peut pas remplir toutes les cases du monde numérique, il suffit de voir le fameux Degooglisons internet de Framasoft ou des sites d’alternatives [1] [2] pour se rendre compte qu’il y a des manques importants dans le libre ou alors des offres trop techniques, inacessibles pour le commun des mortels, dont je suis.

le premier choix ? Éviter le monopole

Ma première priorité est d’éviter le monopole : je ne lui fournis pas mes données volontairement, je ne lui fais pas de publicité, je n’entretiens sa position dominante et je n’hésite pas utiliser d’autres services concurrents, même propriétaires.

Pour faire simple, en un schéma :

monopole propriétaire < outsider propriétaire < le logiciel libre (oui, le libre, c’est comme le gras, c’est la vie !)

Cela permet à des alternatives d’émerger, même propriétaires, et de faire face au monopole. Le monopole peut, avec un peu de chance, se remettre en question et s’améliorer en changeant. On peut toujours rêver, non ?

conclusion

Je sais défendre le logiciel libre mais ça n’est pas pour cela que je ferme la porte à des services et logiciels propriétaires qui apparaissent. Ce serait trop simpliste : cela empêcherait des éditeurs ou des créateurs d’émerger alors que leur travail mérite d’être soutenu. La route est longue et difficile face à un GAFA, que ce soit en empruntant la voie du libre, et nous ne le savons bien, ou en empruntant la voie d’un service propriétaire naissant et prometteur.

Pour ma part, j’éviterais toujours d’entretenir le monopole. C’est une façon de voir le monde, cela rend les choses plus compliquées par moment, je le reconnais, mais c’est gratifiant sur le long terme. Cela permet la concurrence saine ainsi que de voir des idées nouvelles apparaître, de ne pas se retrouver dans un monde binaire, on peut espérer des sociétés commerciales sérieuses et respectueuses de leurs utilisateurs dont le modèle économique ne se retourne pas tout le temps contre nous.

 

– Damien

le big data, cette dictature économique

Vidéo Données, données, donnez-moi

Article Apple va surveiller les assurés ?

Article Facebook active le suivi publicitaire en France

Article Sur Facebook, vos données personnelles ne vous appartiendront plus.

Article Comment les voitures liront votre esprit dans le futur

il est intéressant de voir à quel point nous sommes réduits à des équations et des statistiques. Ou choquant, c’est à vous de voir. Si nous pouvons avoir la sensation que des comportements se recoupent ou des habitudes de consommation se reproduisent, les études statistiques ont pris une ampleur sans nom avec, d’une part, l’augmentation de la puissance des ordinateurs ces 20 dernières années pour simuler et calculer et, d’autre part, l’élargissement du bassin de données exploitables.

Je m’attarderais sur le deuxième point, le gigantesque bassin de données : nous.

Les entreprises commerciales se nourrissent de notre quotidien, de nos conversations, de nos photos, de nos déplacements, de notre physiologie, de notre corps… Au début, il s’agit de nous rendre un service gratuit, d’améliorer notre sécurité ou de nous faire un rabais sur un produit. Gmail offre une messagerie email associée à une suite bureautique en ligne ainsi que de nombreux services gratuits, Facebook nous permet de communiquer avec nos amis, de partager des photos et de jouer, Axa nous propose un rabais sur notre assurance santé si on porte une montre connectée…

Nous sommes leurs puits de pétrole dans lesquels ils forent. Ils exploitent chaque goutte de notre vie privée, de nos statistiques pour rentabiliser leurs investissements. Par investissements, comprenez opportunités de profits personnels.

Puis, arrivera la bascule : le moment où ces compagnies nous demanderont de porter obligatoirement un objet connecté pour contrôler notre santé, notre activité physique, nos déplacements, notre conduite automobile, le remplissage de notre frigo… Nous créeons petit à petit notre future prison numérique.

Aujourd’hui, vous obtenez un rabais parce que vous utilisez une montre connectée et que vous faites de la marche, vous obtiendrez peut être aussi un rabais parce que vous utilisez un frigo connecté… Demain, soyez sur que vous paierez plus cher parce que l’entreprise cherchera votre point faible (surpoids, tachycardie, myopie…) et justifiera ainsi ces primes supplémentaires : “Vous êtes un client à risques mais dans notre grande générosité, nous consentons à vous assurer”. Le modèle se retournera contre nous. Ou alors vous paierez encore plus cher parce que vous refuserez de vous dévoiler ou de vous faire analyser par une multinationale. Ou alors personne ne voudra vous assurer parce que vous refusez de porter un téléphone ou montre avec GPS : on vous reprochera d’avoir des choses à cacher. La liberté aura donc un prix. Ce sera la soumission aux droits des multinationales.

Utiliser des services comme Yahoo, Gmail ou Facebook maintenant, c’est créer la matière première qui amènera à notre futur enfermement. En passant des contrats avec des boites comme Axa ou UnitedHealth, cela leur donne raison de continuer plus avant leur travail de collecte et d’analyse. Négliger l’importance de sa vie privée aujourd’hui se paiera cher dans les années à venir.

Pour conclure, je me dis que résister devient difficile. Les gens n’ont pas conscience de l’importance de la vie privée. Et quand bien même ils soulèvent le problème, ils continuent d’utiliser leur Gmail, iOS et autre Facebook parce que changer, »ça n’est pas leur priorité », excuse entendue mille fois.

Que faire pour imposer le respect de nos vies privées face à des multinationales ?

Quel est le poids des 1,5% utilisateurs de GNU/Linux face à un Windows encore dominant, un Chromebook et un Mac en pleine expansion ?Comment imposer des formats libres alors que 99,9% des gens ne savent pas ce que c’est ?

Comment se débarrasser des OS mobiles propriétaires comme Android, iOS ou Windows alors que les alternatives sérieuses n’existent même pas ? Désolé pour FirefoxOs et ses 0.0001% de parts de marché…

Comment faire comprendre que Facebook est le problème alors qu’il y a plus d’un milliard d’utilisateurs ?

– Damien