les objets connectés sont-ils nos amis ?

De plus en plus d’objets du quotidien communiquent avec internet. Les entreprises du numériques commencent à se tourner vers ces nouveaux produits. Les exemples les plus communs sont les téléphones portables, les lunettes connectées (avec les Google Glass comme produit de référénce) ou les montres connectées. Le marketing est en marche pour vous faire acheter ces nouveaux objets. Pour franchir un pas de plus vers le cauchemar des objets connectés ? Car oui, le pire est à venir !

téléphone portable

A tout moment, il révèle où vous êtes et retrace vos déplacements très facilement. Nous savons maintenant qu’un téléphone éteint permet d’écouter son porteur et son environnement direct, comme un micro espion.

montre connectée

C’est actuellement l’objet à la mode pour connaître votre nombre de pas par jour ou par session de sport, comment vous dormez… un espion qui va plaire à votre compagnie d’assurance afin de savoir si vous êtes en bonne santé et si vous faites de l’exercice. Apple se prépare déjà à vous dénoncer à votre assurance. Sans parler d’une intrusion au coeur de vie sexuelle, rajoutez à cela un GPS et Google et Apple sauront avec qui vous couchez et où. La STASI l’avait rêvé, les compagnies US l’ont fait. Quel autre objet connecté ressemble-t-il autant à des menottes d’ailleurs ?

voiture connectée

L’ordinateur de bord de votre véhicule est connecté à internet et vous donne des renseignements sur le trafic, votre position GPS et votre consommation d’essence. Mais le constructeur garde la main et peut à tout moment désactiver votre véhicule. Et si le constructeur le décide, il peut donner la clé numérique de votre véhicule aux forces de l’ordre qui pourront tout savoir de vos déplacements, ainsi qu’éteindre votre véhicule à distance.

De plus, en cas d’infraction détectée par l’ordinateur de votre voiture, votre permis à points pourrait être immédiatement débité et votre compte en banque également. Si vous n’avez plus de points sur votre permis, votre véhicule s’arrêtera dans les minutes qui suivent avec une déconnexion télécommandée à distance. La machine est juge et bourreau : pas de négociations, pas de recours, pas de discussion avec un être humain, l’interprétation et la négociation n’existent plus face aux machines.

Il faut noter que vous ne contrôlez pas le logiciel de votre voiture puisqu’il est fermé et proprietaire et que vous ne savez pas quelles données seront transmises et à qui lors de vos déplacements. On appelle ça la confiance aveugle, non ?

lunettes connectées

Le monde prend une nouvelle dimension avec ce type d’objets. Je pense surtout aux sollications commerciales non désirées : dès que vous passerez devant un magasin, un message publicitaire apparait dans votre champ de vision, vous balançant la promo du moment. Imaginez combien de messages vous recevrez en passant rue de la République à Lyon ?
La police enquête sur un délit qui s’est déroulé sur la voie publique. Ils réquisitionnent tous les enregistrements des personnes présentes dans les environs. Vous passiez à deux rues de là, la police fait récupérer autoritairement tous les enregistrements, y compris les vôtres parce que vous passiez là ce jour là.

Vous devenez également une caméra de surveillance ambulante avec des programmes de reconnaissance faciale et de lieux qui sont exécutés en tache de fond de vos lunettes. Vous aiderez involontairement les forces de l’ordre. Vous pourriez même être appelé à témoigner parce que étiez là. Qui du libre-arbitre ?

De plus, des développeurs viennent de découvrir un dispositif dans les lunettes connectées Google Glass qui permet de prendre des photos et des vidéos à l’insu de l’utilisateur. Google prévoit dès le départ le viol de votre vie privée, sympa non ?

maison connectée

La maison est l’espace privé ultime par définition. Ce qui se passe chez vous ne regarde que vous et pourtant… Si pour certains, maison connectée rime avec l’aspect pratique du wifi dans toutes les pièces, cela va beaucoup plus loin. On peut déjà penser à tous les objets qui trainent dans la maison : téléphone et lunettes connectées en premiers lieux bien évidemment.

Or, de plus en plus de services externes veulent se connecter à votre maison. On peut parler du compteur Linky d’EDF par exemple afin de contrôler et de réguler l’électricité. Mais pas uniquement.

pèse-personne connectée
Ah la balance, cet objet mal aimé et si bien nommée… On n’a pas finit de la détester : si vous prenez du poids ou en perdez trop, votre balance le communiquera au service internet associé qui pourra vous proposer des repas et menus appropriés (diktat de la mode et de l’hygiénisme ?), voir vous interdire de commander en ligne via votre compte Ooshop certains produits. Votre assureur pourra lui aussi être informé de votre évolution de poids en temps réel et si vous voulez conserver le même niveau de primes ou éviter des surprimes à payer, vous allez devoir redoubler d’effort pour rester dans les courbes de poids autorisé ! Aux USA, depuis de nombreuses années, des prêts bancaires sont refusés sur critères de sante (obesité, risques de cancer…). L’assurance, c’est l’art de faire payer cher un risque que l’assureur n’indemnisera pas.

frigo connecté
Vous rangez vos courses dans votre frigo : chaque aliment rangé est scanné lors de son entrée sous couvert de vous aider à mieux gérer l’inventaire (= vous poussez à consommer de mon point de vue).

En fait, selon ce que vous achetez, aliments gras ou sucrés, alcool, vous recevrez des emails et notifications SMS pour vous avertir que c’est dangereux pour votre santé. Si vous perservérez dans ce type d’achats, c’est votre médécin ou votre assureur qui reçoit cet avertissement.

Le frigo sera également un moyen de vous annoncer les promotions sur les produits que vous consommez habituellement. J’imagine le message vocal du matin pour m’annoncer le boudin-purée à -50%… C’est encore la marche forcée vers la consommation et le contrôle de votre vie par des sociétés commerciales.

paiement sans contact + téléphone ou montre connectée + lunettes connectées : triple combo !

Lors d’un paiement sans contact (via un téléphone ou une montre connectée), le système aura repéré de quel endroit vous faites le paiement (GPS via téléphone), quelle est votre commande (reconnaissance visuelle via Google Glass) et pourra décider si oui ou non, le paiement est validée.

Exemple : vous êtes dans un bar. Vous commandez votre 3ème de shooters, le système peut décider de ne pas autoriser le paiement suite aux informations collectées ! L’alcool, c’est pas bien… Vous recevrez une notification pour vous alerter sur votre comportement dangereux pour la société, votre santé, votre prime d’assurance…

vivre dans la matrice

Toutes les données collectées via ces objets serviront à vous faire consommer plus, à vous surveiller et à vous maintenir en état de non-réflexion : la machine pensera à votre place et vous perdrez de la liberté d’usage des biens que vous avez acheté car c’est l’objet qui va vous utiliser.

Le message permanent des machines vous accompagnera à tous les moments de votre vie : « c’est pour votre bien » sera le leitmotiv des compagnies qui tenteront de vous vendre leurs prestations. La dictature n’est plus politique, elle devient consumériste.

La récolte de données va enrichir leurs récolteurs, comme Google, Facebook ou Apple qui possèdent déjà une position ultra dominante dans ce domaine.

Nous deviendrons des citoyens serviles, réglés comme du papier à musique pour faire « métro, boulot, dodo ». Et si nous ne pouvons pas consommer comme les autres, nous souscrirons des crédits pour mettre à jour notre niveau de vie. Le crédit sera l’upgrade pour suivre la masse.

Ces objets connectés sont autant de chaînes que nous traînerons sous couvert de la recherche du cool et de la hype.

hackerland

Plus les choses seront connectées, plus les opportunités de piratage se multiplieront. Nous ferons face à de nouveaux actes de malveillance et à l’introduction de nouveaux malwares et autres bugs. L’utilisateur sera la victime et la mise à jour du produit une opportunité pour l’entreprise de devenir encore plus indispensable.

la géopolitique des objects connectés

Cette connexion permanente de nos vies via les objets que nous portons et qui nous entourent posent également un nouveau problème, un problème d’ordre géopolitique.

Suite au (gros) différend entre les USA et la Russie concernant l’Ukraine, deux géants américains du paiement, Visa et Mastercard, ont tout simplement suspendu leurs services de paiement à l’attention de plusieurs banques russes (lire et ).

Nous avons la preuve que les entreprises américaines ont le doigt sur la couture et répondent dans la seconde aux injonctions de la diplomatie américaine. Il y a avait déjà la démonstration de l’accord de partenariat PRISM entre le gouvernement US et les grands de l’informatique pour espionner toutes les données passant par leurs serveurs mais là encore plus clair.

  • Que se passerait-il si les USA demandaient à Google de déconnecter les ordinateurs de bord de toutes les voitures d’un pays parce qu’il y a un désaccord économique ?
  • Et si les USA demandaient à Apple de couper les iPhones des citoyens d’un autre pays parce qu’il y a également un problème diplomatique ?
  • Et si les USA demandaient à Microsoft de fermer les sessions Windows d’un pays concurrent ?

Conclusion

Les objets connectés auront l’excuse de vous rendre la vie plus facile mais :

  • les objets connectés enrichiront des entreprises à la recherche de plus de profit en exploitant/violant nos vies privées et notre intimité
  • les objets connectés espionneront tous nos faits et gestes
  • les objets connectés seront toujours aux ordres de la compagnie qui vous les a vendue, vous n’aurez jamais aucun contrôle sur eux.

A l’heure de l’affaire PRISM et de l’affaire Visa/Mastercard, on se rend compte que le numérique est une arme politique et économique. Le monopole du numérique par les USA et ses entreprises rend vulnérable toutes les autres nations.

En Françe, le terme « dissuasion nucléaire » ne nous est pas inconnu, c’est même ce qui a permis à notre pays d’être indépendant des USA et de l’URSS pendant près de 50 ans.

Aujourd’hui, petit à petit, le numérique s’infiltre dans notre vie et celui qui domine le numérique dominera nos vies, tout simplement, sous la forme d’une instance supra-nationale, c’est-à-dire en étant au dessus des nations. En tout cas, au dessus des nations Européennes. Je peux dire que cela a déjà commencé avec des entreprises comme Facebook, Google et Apple où l’ensemble des utilisateurs se soumettent à des conditions d’utilisations qu’ils n’auraient pas acceptés dans certaines dictatures passées de notre Histoire.

L’indépendance numérique vis-à-vis des USA est maintenant une nécessité, une obligation pour exister dans les 20 prochaines années comme entité européenne indépendante. Je ne parle plus de la France, échelle trop réduite, trop faible, face aux USA, mais bien d’Europe. Il s’agira de commencer par rejeter les projets de libre-échange USA-Europe (à traduire par liberté absolue de faire des affaires et des profits) comme le projet TAFTA puis se projeter dans l’économie numérique mais pas n’importe comment (voir le fiasco Numergy/Cloudwatt pour comprendre ce qu’il ne faut pas faire), mais en soutenant financièrement des projets déjà solides : et si on avait donné 285 millions d’Euros à Framasoft plutôt qu’aux 2 trucs cloud bidons Numergy/Cloudwatt, on aurait notre Google à la française…

Je suis pessimiste ? Peut être, peut être pas. Comme je serai encore là dans 20 ans, on en rediscutera..

_ Damien